Que faire quand Dieu nous oublie ?

Prédication

Que faire quand Dieu nous oublie ? Ou en tout cas qu’on a l’impression qu’il nous oublie, ce qui dans notre vie revient à peu près au même ? Quand, après tant de combats contre la maladie, tant d’épreuves surmontées, survient la mort d’une personne aimée dans la souffrance ? Quand, alors que tant de voix s’élèvent pour réclamer la paix, le bruit des armes et les cris des civil.es assassiné.es s’élèvent toujours plus fort dans notre monde ? Quand, alors qu’on sait depuis maintenant plusieurs décennies que notre modèle économique n’est pas viable, alors que des chemins alternatifs existent, plus justes et plus humains, on continue à bousiller les ressources de notre planète et de vivre aux crochets des pays du sud ? Quand, alors qu’on a tant prié, on se sent que le vide et la solitude ? Quand – passez-moi l’expression – les emmerdes volent en escadrons et qu’on ne voit plus le chemin d’un vie plus apaisée et tranquille ? Quand la douleur s’invite dans votre vie et semble ne plus jamais vouloir en repartir, déformant le moindre moment de vos journées ? Quand le désespoir se fait si fort que la seule échappatoire possible semble la mort ?

Faut-il apprendre à se débrouiller tout seul ? Sans Dieu ? Sans les autres ? Faut-il baisser les bras, et accueillir la mort qui vient le plus sereinement possible ? Faut-il lutter, se révolter ? Et comment le faire quand on l’a tant fait qu’on n’en a plus l’envie ? Que faire ?

Le psalmiste nous propose une voie inattendue : célébrer, louer, faire résonner les instruments de musique, prier, interpeller Dieu, le rappeler à l’ordre. En effet, comme souvent dans les psaumes, on devine une situation difficile, dans laquelle le psalmiste se fait la voix du peuple qui a besoin d’aide, de salut même. « Offre-nous ton aide dans l’oppression », « sauve-les, ceux que tu as aimés », « réponds-moi ». Il y a une besoin pressant de réponse, d’aide. Et en face quoi ? Un silence visiblement d’abord. Une sensation d’abandon, d’oubli de la part de Dieu.

Mais si on y regarde bien, il n’y a pas seulement le silence. Il y a l’élan de la prière. Face au silence de Dieu, le psalmiste prie, insiste, répète. Il provoque Dieu même : il lui rappelle ses prétentions à la royauté sur son peuple, et les différents territoire sur lesquels il s’est installé. Si on veut le paraphraser en langage un peu moins politiquement correct, ça pourrait donner quelque chose comme ça : « Tu te prétends notre Dieu, notre Roi, mais tu ne fais rien pour nous. Si tu ne fais pas ce que fait un roi, à savoir protéger son peuple, alors tu ne mérites pas ce titre. » Oui, c’est un peu provoc, c’est vrai. Mais qui a dit que la Bible était un livre de bonnes manières ? Le psalmiste ici se trouve dans la même veine que Job par exemple qui convoque Dieu et lui demande des comptes pour ses malheurs, ou qu’Abraham à qui Dieu ne cesse de répéter qu’il aura un fils alors que rien ne se passe et qui finit par lui dire en substance : « ok, maintenant arrête les frais, on sait toi et moi que ça n’arrivera pas, et bénis Ismaël. ».

Oui, le psalmiste semble secouer un peu Dieu… ou en tout cas l’image qu’il a de Dieu. Dans l’élan de la prière qui l’habite en réponse au silence de Dieu, il tente de pousser Dieu à réagir. Il le fait aussi par la louange : il convoque la poésie et la musique pour dire ce que Dieu a été dans la vie de son peuple, pour en faire une mémoire vive, une mémoire active, tant pour le peuple que pour Dieu. Il célèbre la tendresse et la fidélité de Dieu, comme pour mieux la lui rappeler…

Et alors ? Qu’est-ce que ça change de prier ainsi, de secouer les puces à ce Dieu muet dans l’élan de la prière ?

Peut-être d’abord ceci : en se mettant dans une posture de prière, le psalmiste retrouve la conscience de sa puissance d’agir, sa puissance de se tenir debout, en être humain enfant de Dieu. Face au malheur qui frappe, il n’est plus une poussière qu’on écrase ou qu’on chasse, un « détail de l’histoire », un ennemi à qui on retire toute trace d’humanité pour mieux justifier qu’on le massacre : il est, et son peuple avec lui, un être humain, souffrant, digne de recevoir attention, secours, tendresse et fidélité, digne d’être regardé et aimé. La prière est tout sauf passive, tout sauf un abandon. Elle est au contraire une revendication forte de dignité, d’humanité et du statut d’enfant de Dieu.

Dans la prière, dans l’élan de rappeler Dieu à ses devoirs, se joue aussi la question du Dieu que je choisis de laisser façonner ma vie.

Et dans la prière et l’élan de louange qui l’habite, se donne un regard renouvelé, attentif aux traces parfois infimes, minuscules, de la présence de Dieu dans nos vies.

Dans la prière, je veux dire dans l’élan de prier et les mots qui nous viennent, se trouve peut-être la réponse de Dieu à notre désespoir. A toi qui pleures la souffrance d’un être aimé, Dieu offre peut-être le courage d’assumer ton impuissance et ta vulnérabilité en restant à ses côtés ? A toi qui sombres dans l’écoanxiété, Dieu donne peut-être l’élan d’agir ici et maintenant, pour rendre tangibles ces autres chemins désirables pour notre monde ? A toi qui te débats dans un désespoir sans fonds, Dieu murmure sans fin que ce désespoir a un fond, une limite, et que cette limite ne t’engloutira pas ?

A nous tous et toutes, quelles que soient nos situations de vie, Dieu offre le langage de la prière, personnelle ou communautaire, pour que dans la prière nous apprenions à voir les chemins qu’il ouvre devant nous.

Amen

À lire aussi

Prédication précédente :

Quand notre perfectionnisme nous éloigne de Dieu

Mercredi soir, avec les jeunes du ktcycle, nous avons travaillé autour de la notion de règles, et notamment de règle religieuse. Qui les prescrit ? A quoi servent-elles ? Le christianisme n’a pratiquement pas de règles explicites : « tu aimeras le Seigneur ton Dieu, tu aimeras ton prochain comme toi...

Prédication suivante :

Vous êtes plutôt Noël ou Epiphanie ?

Après la mort et la résurrection du Christ, les disciples ont cherché comment transmettre qui était, est et sera Jésus de Nazareth, en qui ils avaient fini par discerner le Christ promis par Dieu, celui qui guide le peuple vers le salut. Comment dire ce qu’il a été, ce qu’il est et ce qu’il a promis...

Voir toutes les prédications