Heureuses les personnes qui aiment Dieu, vraiment ?

Prédication

A première lecture, ce psaume m’a hérissé les poils tellement il me paraissait loin de la vraie vie ! "Heureuse la personne qui craint l’Eternell et qui aime ses enseignements : sa lignée est puissante sur la terre, car la race des personnes justes sera bénie."

Vraiment ? Nous connaissons toustes des personnes justes, qui aiment Dieu et qui pourtant ne sont pas heureuses. Pas plus tard que samedi matin une jeune maman me disait combien elle était ébranlée par le décès de sa meilleure amie suite à un cancer. Ni son amie ni elle ne sont des personnes injustes et cette maman me disait combien son amie était une maman aimante, une amie attentive, une belle personne, aimant la vie… et pourtant ! Son amie est décédée, et son cœur à elle saigne de cette injustice flagrante de la vie. « Elle ne méritait pas ça » me disait-elle. Et non, son amie ne méritait pas ça. Elle non plus n’a pas mérité de perdre ainsi son amie. Même les meilleures personnes affrontent des tempêtes, des deuils, des souffrances… Face à ce constat largement partagé, les êtres humains ont cherché et cherchent encore des manières de donner du sens, de donner de l’espérance, de la force pour les épreuves.

Dans certaines voies philosophique, on part de ce constat « la vie est souffrance » et on cherche de là des voies de sortie pour ne plus ressentir cette souffrance, pour la laisser aller dans le détachement ou on fait simplement de son mieux pour vivre avec, pour apprendre à la surmonter.

Dans d’autres on comprend le monde dans lequel nous vivons comme un terrain d’entraînement dans lequel des êtres spirituels viennent prendre corps afin d’apprendre des compétences ou des vérités sur le monde.

D’autres encore perçoivent la souffrance comme le mode de punition d’un ou de plusieurs dieux lorsque les êtres humains ne respectent pas les commandements fixés.

On trouve dans la bible des échos de toutes ces attitudes – pensez au Qohélet et à son « vanité est vanités » ou aux menaces de punitions divines qui émaillent les textes bibliques… mais le Dieu biblique tel qu’il est majoritairement compris par les auteurs bibliques se place tout autrement par rapport au mal et à la souffrance. Le Dieu biblique est celui qui met de l’ordre dans le chaos et qui, ce faisant, fait surgir la vie. Il est celui qui se place aux côtés des humains souffrants pour partager leur fardeau, celui qui, à la mise à mort de son Fils, prend le temps du silence et de la tristesse… et choisit la vie en ouvrant son tombeau, plutôt que la vengeance en massacrant les responsables de sa mort.

Alors que faire de ce psaume qui, quand je l’ai lu, m’a fait le même effet qu’un bonbon trop sucré : écoeurant à force de belles images tout aussi fausses les unes que les autres ?

On peut essayer de défendre le psalmiste en disant que comme personne n’aime vraiment les enseignements de Dieu, que nous sommes imparfait-es, et que du coup le malheur est d’une certaine manière « mérité ». C’est, en substance, ce que répondent les amis de Job, plongé dans la détresse par le malheur injuste qui le frappe. Lui est sûr d’être juste, et ses amis lui répètent que ce n’est tout simplement pas possible, et que son malheur en est bien la preuve : s’il était juste, il serait heureux, comme l’affirme – entre autres – ce psaume.

Mais je ne suis pas convaincue par cette lecture du psaume, ne serait-ce que parce que le psaume lui-même écarte cette lecture quand il envisage la possibilité que – comme Job, ou comme cette maman dont je vous parlait – la personne aimant Dieu et ses commandements puisse « recevoir de mauvaises nouvelles », c’est-à-dire être frappée par un malheur. Le bonheur promis à la personne juste, ce n’est donc pas une félicité sans heurt, la promesse qu’aucun malheur n’arrivera plus jamais, mais bien plutôt « un cœur ferme, plein de confiance en l’Eternell ». On peut ici se souvenir que le mot que nous traduisons par « heureux, heureuse » porte en hébreu une notion dynamique, que Chouraqui rend par « en marche ». La personne dont il est question dans ce psaume n’est donc pas arrivée à un stade où tout est accompli, elle est définitivement installée dans le bonheur, mais elle est en marche, malgré les aspérités du chemin.

En ce sens, tous ces éléments qui nous décrivent une personne parfaite, juste, bienveillante, miséricordieuse, ne chancelant jamais sont de l’ordre du déjà là mais encore à venir. Chaque personne choisissant d’aimer Dieu est déjà un peu, à certains moments, juste, bienveillante et miséricordieuse… mais pas complètement ni en permanence ! Et la conséquence de cela n’est pas un déluge de malheurs et de souffrances, mais un chemin sur lequel Dieu l’accompagne, soutien ferme et inébranlable dans toutes les épreuves de la vie, les impasses du chemin.

« Je ne suis pas venu pour les bien-portants, mais pour les malades » disait Jésus. Nous sommes en chemin vers la justice, et dans ce chemin, nous sommes assuré-es de la présence de Dieu, parce que lui voit la personne juste que nous sommes appelé-es à devenir en Christ, et il se fait fondement sur lequel nous appuyer quand nous recevons de mauvaises nouvelles. « Quand les montagnes s’effondreraient, quand les collines chancelleraient, mon amour pour toi ne faiblira pas, car je t’aime, d’un amour éternel » C’est cet amour-là qui rend notre cœur ferme, plein de confiance.

Amen.

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