Qui peut parler de Jésus ?

Prédication

« Gloire au Fils de David ! » disent les enfants. Les prêtres ne sont visiblement pas d’accord puisqu’ils vont confronter Jésus avec ce discours. Les prêtres vont voir Jésus et il donne raison aux enfants. Mais nous n’avons pas Jésus sous la main… alors comment pouvons-nous faire ?

Qui a autorité pour parler de Jésus ? Les enfants ou les prêtres ? Si on transpose aujourd’hui : les jeunes ou les pasteur-es ? Faut-il conclure de cette histoire que les enfants et les jeunes sont plus qualifiés pour parler de Jésus et que les pasteurs peuvent remettre collectivement leur démission à l’Eglise ?

Reprenons quelques éléments du récit avant de revenir à cette question.

Prenons d’abord les prêtres : ils ont quelques raisons d’être fâchés, nous pouvons leur accorder au moins ça. Jésus vient de mettre un sacré bazar sur le parvis du temple en chassant les marchands qui procurent aux personnes qui viennent au temple les animaux et fournitures pour les sacrifices que les prêtres réalisent. Imaginez si quelqu’un entrait ici et se mettait à démonter la petite boutique et à chasser les gardiens à coup de fouet… On peut comprendre que les prêtres ne soient pas spécialement bien disposés envers Jésus au moment où ils s’approchent de lui.

D’autant que le différend va bien au-delà de l’aspect matériel : Jésus n’a pas seulement mis un désordre qu’il faudra que quelqu’un range par la suite. Il remet en question le fondement même du culte au temple, et les représentations de Dieu qui y sont liées… En chassant les marchands du temple, en guérissant sans condition ni rémunération les personnes qui en ont besoin, Jésus manifeste un Dieu qui agit pour le bien de celles et ceux qui en ont besoin, et qui n’a pas besoin pour cela d’être payé, car il est motivé par l’amour et la compassion. Le Dieu du temple de Jérusalem, celui dont parlent les prêtres, celui qu’ils servent, est sans doute un dieu bienveillant, mais seulement envers celles et ceux qui montrent qu’ils méritent sa bienveillance en lui offrant le sacrifice adéquat, de la bonne manière et en respectant ses commandements.

Alors entendre les enfants crier partout « Gloire au Fils de David ! » en suivant Jésus, lui attribuant ainsi un titre messianique, a de quoi passablement agacer les prêtres du temple. Surtout que les enfants, dans la société de l’époque, ne sont pas grand-chose, et certainement pas des théologiens !

Et les enfants au fait, pourquoi crient-ils cela ? Ont-ils reconnu en Jésus le messie tant attendu ? Savent-ils même ce qu’est un messie ? Se contentent-ils de répéter ce qu’ils ont entendu d’autres dire à l’entrée de Jérusalem ? Ont-ils reconnu en Jésus un amour et une bienveillance immense sur laquelle ils mettent un titre messianique qu’ils ont entendu par ailleurs et qui leur semble pouvoir exprimer leur émerveillement devant cette rencontre ? Difficile à dire ! Peut-être un peu tout ça à la fois. Ce qui compte ici, c’est que Jésus valide leurs propos, endossant ainsi le titre messianique qui lui est attribué par les enfants et renvoyant aussitôt à Dieu avec la citation du psaume 8, que beaucoup d’entre vous connaissent bien parce que c’est un tube dans cette paroisse et nous le chantons souvent. Quand nous le chantons, ça donne ça « mais tu choisis avant tout la louange des tout petits, des enfants dans leurs langes ». Jésus donc reconnaît à la fois la justesse des acclamations des enfants, parce qu’elles rendent louange à Dieu, et leur légitimité à les prononcer, parce que Dieu ne réserve pas sa louange aux personnes les plus vieilles ni les plus éduquées mais permet à chacun-e de s’approcher de lui, même les plus petit-es, même les moins que rien, même les rejeté-es.

En dernier ressort, dans cette petite scène, celui qui permet de trancher entre le discours des enfants et celui des prêtres, c’est Jésus lui-même. Il tranche en faveur des enfants, pas seulement parce qu’ils sont des enfants, même si cela compte parce que cela manifeste un Dieu qui se laisse approcher sans distinction de classe ou d’éducation. Mais il tranche en leur faveur d’abord parce qu’ils disent juste, ils disent ce qui est : il est bel et bien le Fils de David, le messie qui était attendu, même s’il ne correspond pas aux attentes fantasmatiques qui ont fleuri…

Et nous qui ne pouvons pas demander directement à Jésus, là au milieu de la cathédrale St-Pierre, que nous reste-t-il ? Il nous reste le critère auquel Jésus renvoie les prêtres : l’Écriture. Non pas parce que chaque mot en est dicté par Dieu, mais parce qu’au fil des siècles des témoins ont voulu partager ce qu’ils avaient compris, expérimenté de Dieu et sont entrés en dialogue, parfois musclé, les uns avec les autres. De cette discussion est née la Bible, bibliothèque précieuse pour nous aider à mettre des mots sur nos expériences humaines, nos questions à propos de Dieu, nos rencontres avec quelque chose ou quelqu’un qui nous dépasse. L’Ecriture à laquelle Jésus renvoie ses interlocuteurs, à laquelle les Réformateurs à sa suite ont renvoyé les croyant-es, est un trésor de chemins à travers lesquels retentit l’appel de ce Dieu qui ne cesse de demander à l’être humain : « où es-tu ? Qui dis-tu que je suis ? M’aimes-tu ? ». Elle est aussi le témoin des schémas de pensée d’époques lointaines et ne se lit pas si facilement que ça. Mais elle reste notre repère fiable pour apprendre à connaître Dieu. C’est pour cela que les Réformateurs ont jugé si important de la comprendre et de l’étudier qu’ils l’ont traduites dans les langues parlées par tout le monde, et qu’ils ont fait en sorte que tout le monde sache lire, pour pouvoir la lire par soi-même. Le catéchisme d’aujourd’hui est un héritage de cet élan : il donne accès, au moins un peu, à ce trésor, en indiquant les précautions à prendre pour ne pas lui faire dire n’importe quoi.

Alors si quelqu’un vient vers vous en disant « Dieu m’a dit ceci ou cela », ou « La Bible dit bien que ceci, comment peux-tu penser autrement ? », demandez-vous d’abord : « et moi, qu’est-ce que je dis à ce sujet ? », et répondez à partir de votre réflexion, de vos discussions avec vos ami-es, votre famille, d’autres personnes qui cherchent Dieu, de vos rencontres avec les récits bibliques, peut-être même de vos expériences mystiques. Vous pourrez ainsi accueillir et évaluer ces affirmations massives, et choisir votre chemin, avec la confiance que Dieu y marche à vos côtés et qu’il veut pour vous une vie belle et entière, à l’image de la vie restaurée des personnes qui ont rencontré Jésus sur les chemins de Galilée, de Judée, ou dans le temple de Jérusalem.

Amen

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