ça lit quoi une pasteure ? Réponse : pour ce qui me concerne, pas mal de trucs !
L’autre jour, un jeune du kt s’est étonné que je lise de la fantasy “alors que je suis pasteure”. Je ne sais pas bien ce qu’il s’imaginait, peut-être que je ne lis que la Bible ? Ou que des livres chrétiens (quoi que cette expression veuille dire) ? C’est toujours surprenant pour moi de voir les gens s’étonner que je vive comme tout le monde ou presque (j’ai un tas de bizarreries, mais qui n’ont rien à voir avec le fait d’être pasteure, comme le fait de ne pas avoir de voiture). Quand les enfants étaient petits, et qu’un gros mot m’échappait (oui, je le confesse, il m’arrive d’en dire, mea culpa), il y avait toujours une maman pour relever que c’était curieux dans la bouche d’une pasteure.
La remarque de ce jeune m’a fait sourire, et je l’ai rassuré : les pasteur-es sont des gens comme les autres, et ils lisent un tas de choses différentes. En tout cas moi ! Je ne peux évidemment pas parler pour les collègues, mais pour moi la lecture fait partie intégrante de ma vie. Plus que ça même : pendant longtemps, elle a été mon refuge, mon ouverture sur un horizon plus vaste que celui de mon univers quotidien, un mode d’emploi des autres et de moi-même. Dès que j’ai su lire, j’ai saisi à peu près tout ce qui passait à portée de main pour le lire, du paquet de Nesquik au dictionnaire, en passant par les Susy Risque-Tout datant de l’enfance de ma mère, puis Michel et les 3 Mousquetaires de l’adolescence de mon père (Athos a été mon meilleur ami pendant longtemps). C’est un grand oncle de ma mère qui m’a offert mes premiers bouquins de fantasy : La balade de Pern, les Ténébreuse, la Belgariade et la Malorée (Garion a détrôné Athos assez vite). Les traductions de ces volumes anglophones de ce qui était encore considéré comme de la sous-littérature (oui je suis vieille!) laissaient franchement à désirer, mais quelle découverte que ces mondes tout autres qui permettaient d’envisager manières radicalement autres d’être et de vivre, de poser autrement des questions autour du rapport de l’humanité à son histoire, aux autres vivants, à la technologie… ça m’a décapée et soulagée !
Aujourd’hui je lis de façon moins boulimique qu’il y a vingt ans, mais je lis encore beaucoup, et pas mal de choses différentes. De la fantasy (Les livres de la terre fracturée, de N.K. Jemisin), découverte grâce à Louise Morel) aussi de la poésie (Vivante, de Clara Ysé ; j’ai mis longtemps à découvrir des auteurices qui me parlent, et maintenant je ne peux plus m’en passer), des essais (Pour la joie, coordonné par Kyémis), des romans (James, de Percival Everett), de la théologie et la Bible aussi c’est vrai mais de loin pas que. Plus récemment sont entrées dans ma vie les infolettres d’autrices qui m’inspire, m’aident à réfléchir, m’ouvrent les yeux sur ce que je ne vois pas toute seule : Louise Morel donc, Nadia Bolz-Weber, Suleika Jaouad, Laurène Bastide, Maaï Youssef…
Je crois pour moi c’est ça la lecture : à la fois me sentir reliée à des personnes avec j’entre en résonance, qui me réconfortent, et découvrir des idées et des écritures nouvelles qui me déplacent. Une journée sans lecture n’est pas une option, et il est extrêmement rare que je sorte de chez moi sans avoir un livre dans ma poche ou dans mon sac (pendant toute une période, je choisissais mes vestes en fonction de la taille de leurs poches : assez grandes pour y mettre un livre de poche). Chez moi, il y a des piles de livres un peu partout, et la dernière fois qu’on a changé d’appart’ les déménageurs ont pesté sur tous ces cartons lourds à monter sur deux étages (je voudrais pas dénoncer, mais eux-aussi ont dit des gros mots). Devenir pasteure n’a pas changé cet aspect-là de ma vie ! Mais maintenant que j’ai un bureau, j’ai une étagère de plus où stocker des livres, et ça c’est un beau cadeau de la vie ;-) !
Et vous, vous lisez quoi ?